Une fois n’est pas coutume, nous proposons ce mois-ci un voyage dans les profondeurs de notre Système solaire. Ce mois, point de rapprochement spectaculaire entre la Lune et une ou des planètes très brillantes, mais une rencontre avec la huitième et dernière planète, Neptune. Pourquoi braquer nos projecteurs sur elle en ce mois de septembre ? La raison est que le 26 septembre, les trois astres Soleil – Terre – Neptune seront alignés. La planète gazeuse étant en opposition ce jour-là, la distance entre les deux planètes sera alors minimale. Concernant les valeurs, nous aurons :
Distance de Neptune au Soleil : 29,9 unités astronomiques soit 4,47 milliards de km (rappelons qu’une ua correspond à la distance Terre-Soleil soit environ 150 millions de km). Quant à la distance entre Neptune et la Terre, elle sera logiquement de 1 ua de moins que celle au Soleil soit 28,9 ua soit 4,32 milliards de km.
Ces données brutes nous permettent de comprendre qu’il s’agit d’un monde très éloigné de la Terre.
Faisons un peu plus ample connaissance avec cette belle planète. Rappelons en premier quelques données de base. Notre Système solaire possède huit planètes : 4 rocheuses, dites telluriques (Mercure, Vénus, la Terre et Mars) et quatre planètes gazeuses : Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune. Pour ces quatre dernières, la composition chimique est assez proche de celle du Soleil, à savoir que ces objets contiennent essentiellement de l’hydrogène et de l’hélium, plus des traces de gaz un peu plus lourds (Méthane) ainsi que des glaces (d’eau, de méthane…) pour les deux dernières.
Le diamètre de Neptune avoisine les 50 000 km ce qui correspond à 3,9 fois celui de la Terre. Sa masse équivaut à 17 masses terrestres. Elle tourne sur elle-même en 16h06 et en presque 165 ans autour du Soleil. Neptune contient un noyau rocheux. Cela signifie que l’objet est une planète rocheuse entourée d’une grande enveloppe gazeuse. Comme celui de la Terre, le noyau de Neptune est constitué de fer et de nickel. Il est très chaud, de l’ordre de 8 000° C, soit plus chaud que la surface du Soleil (5 800° C). Si l’on remonte du cœur vers la surface, la température et la pression diminuent progressivement jusqu’à atteindre – 220° C au-dessus des nuages de l’atmosphère. Bien qu’il y fasse très froid, l’endroit est loin d’être calme, bien au contraire : il y souffle les tempêtes les plus violentes de tout le Système solaire avec des vents qui atteignent 2 100 km/h ! À titre de comparaison, les cyclones les plus puissants sur Terre ne dépassent pas les 400 km/h. Quant à sa couleur bleue, elle est due à la présence de méthane dans les hautes couches de son atmosphère.
Un seul engin spatial a survolé Neptune, la sonde Voyager 2, en 1989. Et aucune mission n’est actuellement programmée pour un nouveau survol.
La découverte de Neptune remonte à l’année 1846. Une découverte qui mérite d’être contée.
Après la découverte d’Uranus par William Herschel le 13 mars 1781, les observations régulières de cette planète ainsi que les calculs pour prédire sa position montrent que son mouvement dans le ciel n’est pas linéaire. Sa vitesse de déplacement semble comme perturbée. De toute évidence, un objet massif vient interférer dans le mouvement de la planète. D’où l’idée de la présence d’une autre planète, alors inconnue. L’astronome français Urbain Le Verrier (1811-1877) se lance alors dans des calculs qui vont durer près d’un an pour déterminer la masse et la position de l’astre perturbateur. En s’appuyant sur ses calculs, il publie fin août 1846 des tables de positions présumées de cet objet fantôme. C’est finalement l’astronome allemand Johann Gottfried Galle (1812-1910) qui découvre Neptune dans la nuit du 23 au 24 septembre 1846. La planète se trouve à environ 1° (2 fois le diamètre de la Lune) de la position présumée annoncée par Le Verrier. C’est la première fois qu’une planète inconnue est découverte grâce aux calculs mathématiques découlant de la théorie Newtonienne. Fort d’une réputation devenue mondiale, Urbain Le Verrier deviendra directeur de l’Observatoire de Paris en 1854.
Observer Neptune
Située en moyenne à 4,5 milliards de km de la Terre, Neptune brille à une magnitude proche de 8. Elle est donc inaccessible à l’œil nu et dans les petits chercheurs de 25 à 40 mm de diamètre. Il faut au moins 50 mm d’ouverture pour espérer la capturer.
Pourquoi observer Neptune à l’opposition ?
Car pour deux raisons, c’est en principe le meilleur moment pour observer une planète : comme vu ci-avant, c’est le moment où la planète est au plus près de la Terre ; son diamètre apparent sera alors le plus important et puis parce qu’elle sera visible tout au long de la nuit. En ce qui concerne son diamètre, si on se rappelle qu’il s’agit de la planète la plus éloignée de la Terre, le gain en diamètre par rapport à une autre période d’observation ne sera pas foncièrement significatif. Même le jour de l’opposition, sa taille sera de l’ordre de 2,4’’, ce qui sera son diamètre durant les deux mois de septembre et octobre. Cette constance de sa taille angulaire est une bonne nouvelle car une intruse va venir perturber le ciel au moment de l’opposition de Neptune : si le 26 septembre sera le jour de ce phénomène, ce sera aussi le jour de la pleine Lune ; et comble de malchance, notre satellite naturel sera positionné environ 4° plus au nord de Neptune ce soir-là. Avec un tel phare à proximité, la recherche et plus encore l’observation de la planète vont s’avérer bien compliquées. Nous conseillons donc de tenter l’observation idéalement aux alentours ou peu après la nouvelle Lune soit entre le 5 et le 18 septembre, jour du premier quartier. Même 15 jours plus tôt que l’opposition, le diamètre sera déjà 2,4’’. Concernant son éclat, il sera constant à magnitude 7,8 sur les mois d’août, septembre, octobre et novembre. Son observation nécessite donc un instrument, qu’il soit lunette astronomique ou télescope. Un instrument doté d’un objectif de 60 à 80 mm de diamètre, donc assez modeste, sera tout à fait suffisant pour voir la planète. Toutefois, la puissance et les grossissements limités de ce genre d’instruments permettront de la distinguer des étoiles environnantes, guère plus. Pour distinguer nettement son disque et accéder à sa couleur bleue / verte, il faut un instrument nettement plus puissant, par exemple un télescope de 200 mm ou plus. Avec leurs très grandes focales, les formules optiques de type Maksutov ou Schmidt-Cassegrain se prêteront mieux qu’un classique Newton à la découverte du disque de Neptune, car pour un oculaire donné, elles offriront de plus forts grossissements. Pour la trouver dans le ciel, les possesseurs d’instruments équipés d’un système de visée automatique (Goto ou smart telescop) laisseront l’électronique viser à leur place. Pour les autres, il va falloir un peu de persévérance, car Neptune se situe dans Poissons, dans une portion de ciel pauvre en étoiles repère. En première approximation, on dira qu’elle est positionnée sous le grand carré de Pégase, au sud-est (en dessous à gauche) de la tête des Poissons (voir figure 1).
Le point de départ de la recherche sera une illustre voisine, à savoir Saturne, située à environ 9° à l’est (à gauche) de Neptune.
On démarrera la recherche idéalement avec une paire de jumelles 10x50 dont le champ fait environ 5° de diamètre. On cadrera Saturne, puis, on franchira deux champs et demi vers la droite. On s’aidera des étoiles repères de la figure 2 pour avancer dans la bonne direction. Une fois les 2,5 champs franchis, on devrait être centré sur la figure 3 :
Aux jumelles, en s’aidant des étoiles repères de la figure 3, Neptune apparaîtra sous la forme d’une étoile de magnitude ~8.
Une fois que l’on a bien repéré sa position, on fait le même chemin au chercheur de l’instrument. Une fois dans l’oculaire, on sera surpris de sa « discrétion », à savoir que, jusqu’à un grossissement de 80 ou 100 fois, elle passe pour une étoile. Il ne faut pas hésiter à grossir au maximum des capacités de l’instrument pour enfin distinguer un minuscule disque qui daigne nettement apparaître à partir de 120 fois, ce qui permet de l’identifier et de ne plus la confondre avec une étoile. Dans une grosse optique (200 à 300mm), l’observation est plus intéressante car il est beaucoup plus aisé de grossir et on distingue assez nettement sa douce lueur légèrement bleu-vert. A ce petit jeu, les vieilles lunettes astronomiques ont encore leur mot à dire. Observée dans la lunette de l’observatoire de Thury-sous-Clermont, dans l’Oise (avec une optique taillée en 1935 par le grand André Couder, directeur du Laboratoire d’optique de l’Observatoire de Paris), Neptune montre un disque net et très contrasté sur un fond de ciel noir comme de l’encre. Malgré une lentille de seulement 160 mm de diamètre, l’image est plus nette que dans des télescopes plus puissants.





























